Le Nettoyage de Zabadani

Le village de Zabadani se trouve quelque cinquante kilomètres de Dimas, près de la frontière libanais dans le sud-ouest de la Syrie. Niché au sein de montagnes verdâtres, il était auparavant une destination touriste populaire pour les résidents de Dimas qui voulaient s’échapper à la chaleur étouffante de la capitale en été. En 2011, Zabadani est devenu centre de la résistance au fascisme assadiste. Aujourd’hui, le village se voit pulvérisé et ses habitants en fuite.
La première manif contre le régime a eu lieu le 25 Mars 2011. Un mouvement révolutionnaire hétéroclite entretenait des manifestations et de la désobéissance civile et les femmes du village ont surmonté les barrières sociales traditionnelles pour jouer un rôle de premier plan. Ils sont descendus dans les rues malgré la campagne d’arrestations en masse et les balles des forces de sécurité.
Janvier 2012, l’Armée Libre a libéré Zabadani. L’état a cédé sa place aux peuples du village qui se sont unis pour maintenir le fonctionnement de leur communauté et de mettre en pratique des alternatives aux décennies de dictature. Omar Aziz, anarchiste et martyr, s’est impliqué dans l’établissement du conseil local. Ses membres étaient élus avec la participation d’une partie importante de la population, y compris les résidents chrétiens de ce village majoritairement sunnite. Des jeunes révolutionnaires ont produit un journal hebdomadaire, “Oxygène”, dédié à la résistance paisible et qui offrait des analyses de la révolution. Un collectif de photographie, nommé “Objectif Jeune Zabadani”, s’est établie pour documenter la vie quotidienne.
Le peuple de Zabadani a vécu la liberté, mais ceci leur a coûté cher. Suivant le modèle qui a déjoué dans les autres zones libérés, le régime a assiégé le village, ce qui, par Mai 2013 est évolué en blocus total, accompagné de bombardements aériens quotidiens. Depuis le 3 Juillet, la situation a détérioré de façon dramatique à cause d’une offensive par le régime appuyée par un grand nombre de combattants de Hizbullah, milice soutenu par l’Iran.
Le 30 Juillet, le conseil de Zabadani a lancé un appel urgent. Il a indiqué que 48 000 résidents avaient déjà fuit Zabadani vers les villages voisins de Madaya et Bloudan. “Le déplacement du peuple de Zabadani à Madaya fait qu’ils seront confinés à une région étroite à la population très dense qui abrite déjà beaucoup de civils déplacés et qui sera de nouveau assiégé et ciblé de bombes barils par les avions de guerre d’Assad et de bombardement sévère d’artillerie par les troupes au sol. La région est entourée des postes de contrôle du régime et ses troupes font la chasse aux civils (hommes, femmes, et enfants) de Zabadani et ils nous ont mis en garde d’un massacre et d’un long siège.”
Ça continue: “Ces menaces contre le peuple de Zabadani ne sont que le début des plans par le régime et ses alliés de transformer la démographique de la région, dont nous avons souvent prévenus. Cette menace contre le peuple ne se limite pas aux musulmans sunnites mais concerne également les chrétiens et les autres populations du village, car tous les habitants du village seront expulsé pour “purifier” la zone avant d’y établir des occupants étrangers.” Il y a aussi des rapports récents de civils réfugiés en deux villages voisins, Bloudan et Al Marmoura, auront été contraint de partir. On ne les a pas permis d’apporter leurs possessions et plusieurs ont été transportés par véhicule militaire à Madaya.

Le plan de purifier Zabadani de ses habitants a pris de l’importance lors des négociations pour un cessez-le-feu entre le milice islamique Ahrar Al-sham, au moment le premier groupe armé dans la défense du village, et une délégation iranienne, encore une indication de plus que c’est maintenant l’Iran et non Assad qui mène le jeu en Syria.  Les négociations cherchaient à mettre fin aux attaques du régime contre Zabadani en échange pour une cessation de la campagne de Ahrar Al-Sham contre deux villages chiite loyalistes, Al Fawaa et Kefraya dans la province d’Idlib. Mais les négociations se sont effondrées suite au demande de l’Iran pour de changements démographiques, appelant au transfert de civils de Zabadani en échange pour le transfert de civils de Al Fawaa et Kefraya à Dimas.
La purification des régions de leur population sunnite n’est rien de neuve. Suite à un accord de cessez-le-feu à Homs, des civils étaient évacués par des axes “sécurisés”. Plusieurs étaient arrêtés par le régime à ne jamais revenir, le registre foncier de Homs a été détruite et des loyalistes au régime, surtout des Alawites, ont été emménagés dans les maisons désormais vides des Sunnites. Peut-être que la situation ressemble encore plus à celle de Qusayr, encore un village majoritairement sunnite et d’une importance stratégique près de la frontière libanaise, mais entouré de villages chiites et qui relis la capitale avec le bastion côtière du régime. Il est aussi une voie d’apprivoisement importante vers Homs et de la vallée Bekka en Liban. Le Qusayr libéré à succombé au régime en 2013 suite à une attaque féroce par des forces compris des milliers de combattants chiite de Hizbullah. Un accord négocié par le Liban entre les rebelles et Hizbullah a mené à l’évacuation des combattants rebelles de Qusayr, ainsi que des civils, avec des rapports de maisons dans les villages évacués de la zone pillés et mis au feu pour empêcher le retour des résidents.
Qusayr était la première bataille dans laquelle Hizbullah a pris un rôle essentiel dans les combats. Cette intervention en faveur du régime par des islamistes chiites étrangères a aggravé les tensions sectaires. Quelques jours plus tard, il eut une réaction sectaire sauvage à Hatla en Deir al-Zour, où 60 chiites, y compris quelques shabbiha mais au moins 30 civils, étaient tués.
Zabadani, c’est le dernier bastion rebelle dans les montagnes Qalamoun. Il est d’une importance stratégique aux lignes d’apprivoisement de la résistance aux environs de Dimas, mais l’est également au régime, Hizbullah et l’Iran. Mais au delà des préoccupations stratégiques immédiates, le transport forcé de populations fait craindre l’existence d’un plan pour diviser la Syrie le long des clivages sectaires, de redéfinir les frontières d’un tel manière que les Alaouites, les Chia, les Sunnites, et les Kurdes puissent prendre leur propre morceau. Loin d’être une première étape vers la paix, un tel plan précipiterait un nettoyage ethnique sur une échelle jamais vue auparavant dans le pays. Les groupes ethniques et religieuses de la Syrie ne s’imbriquent pas dans des zones géographiques et sont dispersés travers toutes les régions. Même dans la région côtière, le bastion alaouite du régime et, on suppose, une partie intégrante de tout état assadiste, les deux villes principales, Lattakia et Tartous, renferment d’importantes populations sunnites.
Autrefois, le peuple de Zabadani a envahi les rues récitant le slogan révolutionnaire anti-sectaire “Le Peuple Syrien est Unis!” Maintenant, on les expulse de chez eux dans l’intérêt d’une séparation iranien et sectaire.

Les sources et les hyperliens se trouvent dans la version anglaise à leilashami.wordpress.com

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